forum

27 Novembre 2010, 25 Novembre 2014.

4 ans !

Voilà le nombre retenu d’années pour marquer le bout du programme du forum pour le développement du village d’Agnam Lidoubé.

Géographiquement localisable au nord-est du Sénégal,à 15 km de la frontière Sénégalo-Mauritanienne, situé dans le département de Matam, Agnam Lidoubé, une communauté de 1400 âmes, était naguère, une population essentiellement nomade et cultivatrice jusqu’à la période des années 70, au cours de laquelle, le chemin de l’émigration a eu raison des forces vives de son terroir.

En cause: les facteurs conjugués de la sécheresse, la construction de barrages d’irrigation sur le fleuve. Une situation qui crée un déficit chronique des produits vivriers.

Chemin faisant, c’est à ce potentiel humain parti et stabilisé dans les pays du Nord, en Europe que nous devons les idées à connotation de développement, et ce au sens plein du terme. D’où l’initiative en 2010 d’un forum participatif.

Premier du genre dans l’histoire du village, l’idée du forum, elle même, s’avérait peu commune pour une large majorité de la population. Car,« consulter les populations sur leur avenir en s’attachant à recueillir leur avis dans les moindres détails,est chose rare », reconnaît l’un de nos partenaires du Nord, Les Amis d’Agnam.

Et bien !, ce travail minutieux, les habitants de Lidoubé peuvent se targuer de l’avoir fait. Dès cette première étape,alors modeste et imparfaite, nous avons gagné notre pari. D’ailleurs, c’est justement le fruit des travaux de ces premières assises organisées en Novembre 2010,qui a servi de socle à la tenue de cette deuxième édition.

En effet, le deuxième forum pour le développement du village d’Agnam Lidoubé,pendant quatre jours au bercail, du 25 au 28 Novembre 2014, a pris un engagement réédité:réfléchir et débattre sur les questions liées au développement englobant tous les secteurs de la vie humaine et donner en second lieu place à des propositions de solutions.

En rassemblant non pas, des personnalités singulières, soigneusement sélectionnées en fonction de leur idéologie ou de leurs partis pris, mais des hommes et des femmes tout age confondu, venant principalement du village, des villages environnants et parfois de distances plus loin, sur le seul critère de leur volonté d’éviter le fatalisme, le pessimisme pour confronter leurs idées et parfois leurs expériences afin de s’offrir les clés de leur avenir en construisant ensemble.

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Eu égard aux travaux du premier forum qui ont débouché sur des propositions et des projets, nous n’avons pas cherché à singer les réunions internationales organisées avec talent, mais s’attacher, cette fois-ci, à juste titre, à étudier l’impact des réalisations du premier forum, mener à terme les projets engagés, déterminer la priorité des projets à réaliser et enfin donner lieu à l’émergence de nouvelles idées.

C’est sur cette base simpliste que les quatre ateliers de réflexion ci-dessous ont su s’appuyer :

1- Education,culture,sport et social

2- Environnement et Santé

3- Économie

4- Stratégies partenariales et financières à mettre en place pour atteindre les objectifs 

Ce quatrième atelier a été l’innovation majeure de ce forum.

Tout d’abord, l’éducation. Pierre angulaire de la vie et de la survie d’une nation comme en atteste l’adage : « une nation vaut ce que vaut son éducation », le village d’Agnam Lidoubé en a fait la première de ses armes.

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Ainsi, de belles réalisations tels que le réfectoire et le tableau interactif, permettant de dispenser aux jeunes écoliers les cours au numérique sont à mettre sur le compte de l’école élémentaire. Néanmoins, à ce niveau, il reste à réaliser la deuxième phase du bloc administratif de l’école devant abriter le bureau du directeur, la salle des instituteurs, une bibliothèque et une salle informatique. Ce projet déjà étudié, sera soumis, en particulier, à la direction des ressources éducationnelles relevant du ministère de l’éducation nationale du Sénégal.

Dans la même veine, la question de l’intégration de la langue Pulaar dans le système éducatif classique refait également surface et des démarches nécessaires seront faites auprès des autorités pour que cela soit effectif.

Dans le même atelier, la culture, le sport et le social sont alternativement passés à revue.

Droit des peuples à la culture et l’affirmation de leur identité, reconnu par la déclaration universelle des droits de l’homme, il n’est que temps de légitimer ce principe et de nous en donner les moyens. A cet effet, une journée des traditions, de la culture, revisitant toutes les richesses et les facettes de la culture peule sera organisée chaque année au village.

Pour le sport, la nécessité pour l’ASC (Association sportive et culturelle) d’être reconnue légalement, de disposer d’un terrain omnisports ressurgit.

Le terrain déjà acheté est insuffisant. Il faut rajouter une autre surface.

Dans le cadre du social, l’idée de mettre en place une caisse de sécurité sociale, a été émise pour soutenir les personnes défavorisées en cas de maladie ou encore de problèmes de survie.

Par ailleurs, le développement étant un processus cohérent, intégrant tous les niveaux de la vie humaine, nécessite formellement une coordination logique des actions.

Ainsi, bien avant la construction de la structure sanitaire de niveau primaire, un service de gestion de collecte et de tri des déchets ménagers a été mis en place depuis 2007.

Le résultat: l’objectif du village de maintenir irréprochable la propreté de son environnement, est chose gagnée, mais une évolution quant à la gestion des déchets des poissons est à faire. Du coup, les suggestions de l’atelier Santé et environnement font état d’une augmentation du salaire de l’éboueur à 75 000 f CFA en ramassant quotidiennement les restes des poissons.

La Santé :

Les nouveaux équipements du poste de santé (maternité, logement du personnel médical et le mur) constituent à coup sur des pièces à conviction pour l’érection de la case en poste de santé de niveau 2 par l’état.

Des démarches pour en arriver à ce stade sont engagées.

L’économie, définie par ATAA/CAEN PME SOLIDAIRES, comme étant un art subtil, pourvu que l’on agisse de sa propre initiative, le village d’Agnam Lidoubé à travers la création de structures économiques (l’unité de production d’eau saine: Jam Jam, la caisse de micro-crédits, le jardin maraîcher etc…), a su mettre en place une véritable dynamique de développement.

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L’atelier de réflexion à ce niveau s’est attelé à mettre à nu d’abord les problèmes rencontrés dans les différentes structures pour ensuite faire des propositions de solutions.

Tout d’abord, Jam-Jam: les normes d’hygiène de remplissage des bouteilles, l’interdiction potentielle de l’utilisation des sachets plastiques par l’état, absence de formation du personnel de travail.

A ces points soulevés, s’ensuivent les résolutions faites :

– Trouver une machine pour l’embouteillage afin de parer à l’interdiction des sachets et veiller au respect des normes d’hygiène ;

– faire bénéficier le personnel d’une formation en techniques de gestion et de comptabilité

Concernant les projets d’envergure tels que la valorisation de 300 ha en cultures irriguées, ainsi que la création de la zone d’activités économiques, pas d’avancées véritablement concrètes. Néanmoins, au vu de l’énormité de la surface à exploiter, comparée au chiffe démographique de 1400 habitants que compte Lidoubé, une proposition de réduction jusqu’à 100 ha a été faite.

Plaque tournante des travaux de ce deuxième forum, l’atelier consacré à la mise en œuvre de stratégies partenariales et financières, a su avec des compétences limitées, faire des propositions de débouchés pour les projets soulevés dans les trois premiers ateliers.

A cet effet, pour la réalisation du bloc administratif de l’école, le CERADS s’est proposé d’être un partenaire et ce projet sera également soumis à la direction des ressources éducationnelles au niveau du Sénégal.

Concernant, l’économie, le projet de boutique sociale de produits de denrées alimentaires de première nécessité sera particulièrement déposé à cette structure dénommée ADL (agence de développement local), dont les représentants étaient présents durant le forum.

Au demeurant,ces journées de réflexion ont été couronnées par des séances d’inauguration des récentes réalisations du village pendant la journée du 28.

A commencer par les fresques de grandes personnalités à l’instar de Nelson Mandela,Thomas Shankara,Gandhi etc… apposées sur les murs de l’école, à l’intérieur du réfectoire, sur le mur de la case de santé. La découverte de ces portraits a été guidée par l’éminent professeur sociologue à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Mr Boubacar Ly et Samba Touré, autodidacte.

 

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S’en est suivie l’ouverture de la boutique d’une personne handicapée physique,qui s’appelle Djinda Diago, présidente de l’APHAL (association des personnes handicapées du village d’Agnam Lidoubé).

Moment magique, parce que relevant des airs du jamais vu dans la zone. Les personnes portant sur eux un handicap sont pour la plupart d’entre elles des laissées-pour-compte, des bannies de la société. Ce geste naturel de la part des Amis d’Agnam constitue une salutaire correction à l ‘encontre des préjugés irrationnels et sonne fort pour un changement irréversible de traitement et de considération vis-à-vis des des personnes infirmes.

Encore dans le registre des activités transversales au forum, l’inauguration de quelques blocs toilettes familiaux au profit de 33 foyers démunis du village. Ce projet au caractère purement social, réaffirme l’attachement des habitants du village au principe actif des sociétés: celui du vivre ensemble en préservant les valeurs de l’équité et de la solidarité.

Les nouvelles infrastructures de la case de santé (maternité, logement du personnel,le mur de l’enceinte) ont été fièrement présentées au public et aux autorités présentes (Sous préfet, médecin chef de la zone etc…).

Fait symbolique, sans l’ombre d’un doute historique, a été l’attribution du Nom de feu Pierre Lobry à la maternité, Président fondateur d’EMI (entraide médicale internationale). Degré, donc, le plus abouti de l’amitié entre le village et EMI.

Pour couronner le tout, une cérémonie officielle précipitée par l’heure de la prière hebdomadaire du vendredi, a été tenue.

Un discours pour retracer le but de l’événement,le sommaire des actions réalisées depuis le premier forum et les travaux des différents ateliers,a été tenu sous la présence de toute la population et quelques autorités publiques.

A l’issue duquel, le sous-préfet est monté au créneau pour,d’abord, magnifier la véritable dynamique de développement que le village d’Agnam Lidoubé a pu mettre en marche sans essentiellement compter sur les pouvoirs publics, pour finir son propos sur ces mots: « je déclare close la deuxième édition du forum pour le développement d’Agnam Lidoubé ».